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Une aptitude à la légèreté : 3 questions à Sylvie Perez

• Dans votre premier roman, vous vous êtes appuyée sur une trame historique. Pour celui-ci, quel a été le déclencheur ?

L’initiative est venue de mon sujet lui-même. Je le raconte dans le roman : “Mon amie Pauline voudrait que j’écrive un livre sur sa vie”. Véridique ! C’est plutôt amusant de pouvoir discuter avec son sujet, déjeuner avec son sujet, toutes choses irréalisables pour le roman précédent dont les protagonistes vécurent en un autre temps…

J’ai vu dans cette aventure l’occasion d’avancer, doucement, un cran plus loin vers la fiction. Mon premier roman, sur Aspasie de Millet, suivait une trame historique, celle du “siècle de Périclès”. Pour J’ai envie de tout, j’avais une plus grande marge de liberté. Pauline n’est ni un personnage historique, ni un personnage politique. Je pouvais piocher à ma guise dans le matériel contemporain pour construire le décor du roman. Néanmoins, pour avoir vingt-cinq siècles d’écart, ces deux femmes ne sont pas si différentes. Elles sont fortes et n’ont pas froid aux yeux. Elles ont quelque chose de “viril”, au sens où elles sont très libres, authentiquement libres. Pour elles, la liberté n’est ni une posture, ni un combat.

• Votre récit campe un beau portrait de femme, mais il évoque aussi une maladie rare et terrible, comment avez-vous décidé de l’aborder ?

La personnalité de Pauline me fascine précisément pour cette raison. Sa capacité à s’interdire toute gravité. Dans les pires moments, l’ironie prend le dessus. Elle rigole. Voilà ce qui la rend séduisante. C’est un peu l’enjeu du roman (ou en tous cas ma motivation) : parvenir à restituer cette aptitude à la légèreté.

Non seulement, le Crohn est une maladie terrible, mais, pire, on ne peut pas imaginer plus intime. Tout ce qui se rapporte à cette maladie, c’est exactement tout ce qu’on cache. L’aventure était délicate. Parfois inquiétante (la peur de salir, de blesser). Par chance, j’avais noté quelque part une phrase de Cioran qui me remettait dans les clous : “On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu’on n’oserait confier à personne.”

• Vous avez pratiqué le journalisme, vous êtes familière du théâtre, à quoi vous ouvre l’écriture romanesque ?

J’ai envie de tout se situe à la croisée des chemins. Même si c’est un roman, il y a eu une part de reportage. Et puis j’ai voulu faire parler Pauline avec sa langue que j’adore car elle est singulière. Par définition, on n’est jamais vulgaire quand on utilise des mots à soi. Ceci posé, il y a une vraie différence entre les dialogues de théâtre et les dialogues de roman, ceux qui doivent être dits et ceux qui sont destinés à être lus. J’aime le théâtre mais pour l’instant je n’ai fait que des traductions de pièces anglo-saxonnes. Je me sens plus à mon aise dans l’écriture romanesque qui donne le temps d’évoquer les détails, le fond, le decorum, les arrières-pensées.



Repères :

La fiche du livre et 5 extraits lus par la comédienne Anne-Sophie Germanaz


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