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Guerres économiques et de propagandes : 3 questions à Christian Harbulot

Tandis que la guerre des propagandes est à son paroxysme entre Daesh et ses ennemis, quel regard peut-on poser sur la politique propagandiste française ?

La riposte visible est très défensive et s’adresse avant tout à un public très large. L’objectif de sites comme stopjihadisme est de dénoncer l’action de Daesh afin de briser le mythe que ce groupe terroriste essaie de se forger notamment par le biais de sa propagande sur Internet. Les personnes qui sont susceptibles de tomber sous l’influence de Daesh ne se sentent guère concernées par ce type de mise en garde. Elles cherchent justement à échapper aux discours moralisateurs émanant des autorités en lutte contre leur « porte de sortie ». Les sympathisants de Daesh cherchent avant tout un moyen de s’extraire d’un quotidien sans avenir (pour les personnes qui vivent dans des ghettos) ou sans attrait (pour les convertis en crise existentielle). Leur montrer les crimes contre l’humanité commis par Daesh ne les dissuade pas d’adhérer à sa cause.

Il existe aussi des actions étatiques moins visibles, mais qui restent positionnées sur le terrain de la défensive. Le pouvoir politique français refuse pour l’instant de passer à une démarche offensive, c’est-à-dire en parasitant par une intrusion humaine l’approche informationnelle que Daesh développe sur les réseaux sociaux ou dans ses échanges avec ses sympathisants sur les réseaux privés virtuels.

Outre la guerre de l’information, vous parlez de guerre économique entre états. Quels en sont les formes contemporaines les plus importantes ?

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Les affrontements économiques font encore partie des sujets tabous de nos sociétés policées. Longtemps circonscrits à la manière de s’emparer des secrets industriels, la guerre économique est aujourd’hui déclinable sur différents échiquiers : géoéconomique, concurrentiel et sociétal. Si je prends l’exemple de l’agriculture, il existe un affrontement quasi-permanent à propos des indicateurs choisis pour définir la politique européenne. Les stratégies d’influence sont subtiles et il est difficile de cerner le jeu des acteurs qui produisent de la connaissance. Les affrontements concurrentiels sont de plus en plus soumis aux effets induits par la société de l’information. Des entreprises plus conquérantes que d’autres n’hésitent pas à orchestrer des opérations d’information pour déstabiliser des concurrents. Il en est de même pour les acteurs agressifs de la société civile qui franchissent la ligne rouge en utilisant la rumeur ou la désinformation.

Vous dites, dès votre introduction, que la société démocratique a été piégée par les dérives dans l’usage qui est fait des technologies de l’information. Comment, aujourd’hui, sortir de ce piège ?

La société civile est une voie de recours à condition qu’elle ne tombe pas elle-même dans la tentation de se servir de la société de l’information pour « exister », par l’invective ou pour bâtir des rentes de situation. La seule manière aujourd’hui de ne pas se faire manipuler est de se donner les moyens (à plusieurs si nécessaire) de recouper les sources qui nous inondent chaque jour de nouvelles diverses. Wikipedia, qui reste perfectible, a démontré qu’une gestion collective de l’information peut servir de contrepoids à des stratégies d’influence dans le domaine de la connaissance. La guerre en Syrie nous apprend à être prudents sur les sources d’information qui s’enrobent dans un habillage humaniste. L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme n’est pas neutre. Il est piloté par une personne qui vit en Grande-Bretagne et qui entretient de très bonnes relations avec la diplomatie britannique. Autrement dit, il n’est pas réputé pour servir de relais à la propagande du régime syrien, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il soit objectif dans ses propos.



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