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Au secours, voilà les boubours : 3 questions à Nicolas Chemla

L’auteur d’ « Anthropologie du boubour » nous parle de son ouvrage.

• Nicolas, l’actualité donne-t-elle un nouveau souffle au « bourgeois-bourrin » ?

Le phénomène a clairement pris de l’ampleur depuis sa première évocation sur mon blog Mediapart - une fois les vannes ouvertes, difficile de les refermer. Ce qui va être intéressant, c’est de voir si le terme parviendra à s’imposer : si la réalité est bien là, une grande partie de ceux qui pourraient être visés par l’appellation sont souvent ceux qui contrôlent la production et la diffusion des discours. Mais sinon, oui, l’écrasante victoire de toutes les droites confondues, avec un discours peu ou prou similaire d’une formation à l’autre, confirme la victoire des boubours sur la « pensée » actuelle. Et le triomphalisme de Sarkozy et des « républicains » , un temps rebaptisé « le sens commun » (quoi de plus boubour que la volonté d’imposer le « bon sens » en politique ? ), avec ses chiens de garde tels Laurent Wauquiez (le plus boubour de tous les boubours), laisse présager le pire... Autre phénomène intéressant : le boubour tend a se diversifier - le catho réac, l’intellectuel parano-nostalgique, l’islamo-facho, l’homo-FN... une grande « famille pour tous » (et le mot famille est utilisé à dessein, cf la Manif pour Tous et les anti-ABCD)... Le phénomène « Je suis charlie » était d’ailleurs assez révélateur : on a vu, entre autres (heureusement, il n’y avait pas qu’eux) des hordes de boubours revendiquer le cote bourrin de Charlie Hebdo, sans se rendre compte de ce que son radicalisme avait de profondément anti-bourgeois. D’ailleurs, les ventes des numéros suivants se sont effondrées.

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Nicolas Chemla (© Gérard Cambon pour Lemieux Éditeur, 2015)

• Les bourgeois-bourrins peuvent-ils imposer leur échelle morale à toute la société, ou du moins l’influencer ?

Très clairement. Le boubour, comme le poujadiste en son temps, n’est qu’une dérive naturelle de la démocratie en démagogie, démultipliée depuis une dizaine d’années par la course a l’audimat d’un PAF version TNT/Câble et la course aux clics sur le net - les deux se renforçant mutuellement. La manière pathétique qu’ont les médias « traditionnels » de courir après le dernier tweet ne fait qu’accentuer une descente dans l’enfer e-boubour où les chiens se lâchent - comme une cour de récré planétaire... Les chaines d’info, dont les liens avec les réseaux de l’Ouest parisien ne sont plus à démontrer, scénarisent littéralement la vie de la société française avec un appétit féroce et sanguinaire forcement bourrin, qui flatte le boubour et décuple sa présence. Par ailleurs, il est toujours plus facile de flatter les plus bas instincts que d’élever ou sophistiquer la pensée. L’anthropologue Marshall Sahlins a démontré les liens entre le libéralisme, la capitalisme, la pensée darwiniste et la sociobiologie popularisée par E. Wilson dans les années 70-80, aujourd’hui constamment mises a jour par une avalanche d’etudes pseudo-scientifiques des neuro-sciences - qui toutes tendent a justifier et renforcer les pires stéréotypes "bourgeois bourrins" - il y aurait une raison "naturelle" (et très « bourrine », puisque se référant généralement a de pseudo-vérités paléolithiques ou animales) a la domination des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes, des blancs sur les autres, des hétéros sur les homos, etc... Le boubour revendique une morale "bonobo" (pourtant invalidée par tous les primatologues sérieux...) Owen Jones quant a lui a démontré dans son dernier livre comment « l’establishment » a pris le contrôle de tous les organes de production et de validation des discours afin de faire en sorte que toute dissidence soit tuée dans l’œuf... et de mieux imposer cette pseudo-pensée "libérale-naturelle" ou "libérale-animale". Oui, l’idéologie boubour a de beaux jours devant elle.

• Pour vous qui étudiez le monde du luxe et ses représentations, quel rapport le bourgeois-bourrin entretient-il avec lui ? Est-il, à son image, l’expression d’un dérèglement du capitalisme. En est-il le produit ?

Pour la deuxième question, on peut se référer au paragraphe précédent : le boubour n’est pas un dérèglement du capitalisme, mais bien son produit le plus direct. Pour ce qui est des liens au luxe, c’est ambigu. Oui, il y a quelque chose de boubour dans le luxe, dans l’étalage décomplexé de la richesse démesurée. Voir une des scènes finales de Luxifer au Pangaea de Singapour, le club le plus cher du monde, avec cette femme dansant sur la table avec une gueule de requin sur la tête et un pistolet en plastique dans la main, un cocktail a plusieurs milliers de dollars dans l’autre. Mais je crois, et c’est aussi pour ça que j ai écrit Luxifer, qu’il y a dans le luxe une part irréductible de folie et de dérèglement, de provocation et de soufre, que rejette le boubour, qui n’aime rien plus que l’ordre et le confort moral. Le vrai luxe se doit de faire bouger les lignes, et le boubour n’aime pas que les lignes bougent. Les délires des créateurs, les troubles dans le genre qu’ils opèrent, ça fait peur au boubour. Bizarrement, le luxe peut nous sauver de ce conservatisme rance.



Repères :

La fiche du livre


Par Francis Lafoliele 30 avril 2017 : Au secours, voilà les boubours : 3 questions à Nicolas Chemla

Bonjour,
Bien vu pour Boubour,
Pour moi il y a trois categories sociales....
Les SyBo ... Sybarites-Bourgois
Les BoBo ... Bourgois-Bohemes
Les BoZo ... Bohemes-Zonards

et pour moi, Fillon et Trump sont des SyBo
Cordialement
Francis Lafolie


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